
L’image est au centre de l’œuvre de Pascal Navarro, à travers elle, bien plus que la représentation c’est le temps qui est souvent mis en question. Les conditions d’apparition et surtout de disparition des images donnent à lire son intérêt pour le travail du souvenir. Dès lors, qu’elles s’impriment à la faveur d’une solarisation sur papier (Un week-end à la maison), qu’elles se révèlent lors d’un moment fugace (Les phosphorescences), ou qu’elles se composent dans la lenteur d’un geste mille fois répété (les dessins Eden Lake), les œuvres de Pascal Navarro portent invariablement en elles leur propre durée. L’effacement progressif de la représentation, ou sa mise en œuvre processuelle, propose au spectateur une expérience visuelle évolutive. On retrouve cette dimension dans certaines sculptures qui figurent des objets figés, pétrifiés à la suite d’un long processus de sédimentation. Celles-ci, pour résister à l’érosion du temps, à leur disparition, semblent paradoxalement avoir fait le choix de se dégager du vivant.
Pascal Navarro a fait l’objet d’expositions personnelles au Centre d’art de Porc-de-Bouc, à la galerie Territoires partagés, la galerie ARti, la Cité radieuse et Vidéochroniques à Marseille, Métaxu à Toulon, l’Église de Ceillac (FRAC PACA hors-les-murs), la Maison Salvan à Labège et à BILD à Digne (FRAC PACA hors-les-murs).
Son travail a été présenté dans des expositions collectives au Centre d’art de Jausier (FRAC PACA hors-les-murs), à Polaris, Centre d’art d’Istres, au FRAC Sud à Marseille, au musée Sébastien à Saint-Cyr, au centre d’art de Tartu en Estonie et à l’école d’architecture de Clermont Ferrand.
Son travail est présent dans les collections du FRAC PACA, de la Chambre de Commerce et d’Industrie Marseille Provence, du Fonds communal d’art contemporain de la Ville de Marseille, de la Collection du Conseil Général des Bouches du Rhône, de la Fondation Vacances Bleues, Marseille, de la Collection Serge Aboukrat, de l’Artothèque Ouest Provence, de l’Artothèque de Grasse, dans les collections publiques du réseau Videomuseum et dans des collections privées en France et en Belgique.
“Lors du déménagement de son ancien laboratoire photographique, mon amie Ariadne m’a offert d’anciennes boîtes de papier argentique baryté de la marque Agfa. Bien que les boîtes ne furent jamais ouvertes, le papier était périmé. Plongé dans le révélateur, il noircissait. Passée la déception initiale, cette altération est devenue le point de départ d’une recherche.
L’invitation de l’Atelier Vis-à-Vis à produire une série d’estampes m’a permis d’imaginer un protocole expérimental : utiliser la sérigraphie non pas avec de l’encre, mais avec du révélateur photographique appliqué directement sur le papier argentique.
J’ai sélectionné un ensemble de photographies de temples grecs réalisées au XIXᵉ siècle par les pionniers de la photographie de voyage — Dimitrios Constantin, William J. Stillman et James Robertson — que j’ai retravaillés, transformés et réinterprétés à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Il en résulte des images au statut ambigu, des images semi-indicielles.
Le motif des temples grecs poursuit mon travail sur les ruines, tout en s’adressant à mon amie Ariadne.”
Pascal Navarro, juin 2026
La série Temples interroge moins la fidélité de la représentation que les mécanismes de la mémoire. Comme le souvenir, elle procède par reconstruction : elle conserve des traces du réel tout en les transformant, produisant une version du passé où s’entremêlent faits et projections. Temples prend pour point de départ des photographies documentaires du XIXᵉ siècle, elles-mêmes réalisées à une époque où l’archéologie naissante participait déjà à une réécriture des vestiges. Les restaurations des monuments antiques étaient guidées autant par les connaissances disponibles que par l’esthétique romantique des ruines.
Les retravaillant à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, l’artiste prolonge ce processus de reconstruction. Il élabore son “temple imaginaire” à travers une succession de prompts. Sans cesse reformulés, précisés ou déplacés, Pascal Navarro cherche moins à décrire une image qu’à faire émerger une forme mentale. Chaque réponse algorithmique constitue une proposition, un écart, une interprétation qu’il évalue, réoriente et réinjecte dans le dialogue. Construite par itérations successives, la série Temples est la cristallisation provisoire d’une négociation entre mémoire, langage et calcul. Du document à la fiction, la série Temples ne donne pas à voir le passé ; elle donne à voir la manière dont celui-ci se fabrique.
Vient le temps de l’impression. Développée spécifiquement pour cette série, la photo-sérigraphie constitue un protocole expérimental : le révélateur, déposé par sérigraphie sur le papier photosensible, provoque un noircissement chimique de sa surface sans qu’aucune matière pigmentaire ne soit ajoutée. L’image apparaît progressivement par transformation du support lui-même. De par son caractère inédit, sa stabilité à long terme demeure partiellement inconnue. De légères variations de densité ou de tonalité peuvent apparaître au fil du temps, sans altérer la permanence du motif. L’œuvre produite ne cherche ainsi pas à suspendre les effets du temps, mais à les intégrer à son économie même. Son évolution matérielle prolonge la réflexion sur une mémoire qui ne conserve jamais le passé à l’identique, mais le réécrit continuellement.













